La dépression, parlons-en


Cela fait plus de 20 ans que Steve souffre de dépression et ses premiers symptômes remontent à plus longtemps encore. Heureusement pour lui, ses parents et les membres de sa famille ont toujours été ouverts à discuter de santé mentale, ce qui l’a mené à aller chercher l’aide dont il avait besoin. Cela ne signifie pas pour autant que son combat a été facile, mais il était rassurant de savoir qu’il pouvait discuter avec sa famille et quelques amis proches s’il en ressentait le besoin.

En 2018, la Fondation de l’Hôpital général de Montréal a reçu un don important de la part de l’initiative Bell Cause pour la cause, permettant à la Mission en santé mentale de se procurer des équipements spécialisés destinés aux traitements de stimulation magnétique transcrânienne répétée (SMTr), une technique de neuromodulation aidant les gens à se remettre d’épisodes dépressifs majeurs. L’une de ces personnes était Steve.

Pour en savoir plus sur la SMTr, cliquez ici. 

Aujourd’hui, Steve est loin de l’état dépressif dans lequel il se trouvait il y a un an, lorsque son dernier épisode l’a heurté de plein fouet. En partageant son expérience dans le cadre de la Journée Bell Cause pour la cause, Steve espère venir en aide à d’autres gens qui combattent des troubles de la santé mentale ainsi qu’à leurs proches.

La dépression affecte tout le monde différemment. J’ai toujours été quelqu’un de très productif, sociable et positif. Je travaille, je joue dans quelques « big bands » et j’aime passer du temps avec mes amis et ma famille. Mais dès que je retombe dans un épisode dépressif, mon monde s’écroule.

Ma dépression était douloureuse à la fois physiquement et psychologiquement. J’ai atteint un point où il m’était presque impossible de sortir du lit.

Initialement, les situations où j’étais appelé à socialiser ne me rendaient pas anxieux. Dans les premiers stades de la dépression, j’étais capable de sortir avec mes amis, de jouer dans des bands et d’aller travailler. Personne ne se doutait de ce que je vivais.

C’est à mon retour à la maison que je m’effondrais. Au fur et à mesure que la dépression progressait, je me suis rendu à un point où j’étais incapable de sortir du lit ou de réaliser les tâches les plus simples comme, faire l’épicerie, aller faire le plein d’essence ou payer une facture. Je n’y arrivais tout simplement pas. La dépression m’avait comme paralysé. Je suis entré dans une phase très sombre, où mes rêves et mes espoirs étaient mis à l’écart, où la procrastination a gagné du terrain et où les pensées négatives me rongeaient. J’étais figé.

Au final, la maladie n’affecte pas seulement la personne qui en est atteinte. Elle a aussi un impact important sur la famille immédiate. 

Quand je recevais un traitement qui fonctionnait bien pour moi, j’étais capable de retourner à ma vie normale et de profiter de toutes ces choses que j’aime. Pour une période de 10 ans, j’étais relativement stable. Il y avait quelques fluctuations que je pouvais contrôler par la médication. Malheureusement par contre, la médication n’est jamais totalement venue à bout de ma dépression et elle est revenue toujours plus forte à chaque fois. J’ai connu trois épisodes dépressifs particulièrement brutaux au cours de ma vie et le dernier a été carrément débilitant.

Il devenait de plus en plus difficile de travailler cinq jours par semaine. Je prenais de plus en plus de congés de maladie parce que j’étais incapable d’affronter la journée à venir. Il n’y a pas de remède magique pour soulager la dépression. J’avais l’impression que la seule manière de m’en sortir serait par essais et erreurs en incluant différentes combinaisons de médication. 

Heureusement, j’ai un excellent médecin de famille et, plus récemment, j’ai été mis en contact avec le Dr Magolese, un psychopharmacologue qui se spécialise dans la médication utilisée pour traiter les maladies et troubles mentaux. Il m’a proposé un plan à long terme, incluant deux modifications à ma médication de base, ajoutant une nouvelle médication, mais aussi un traitement dont je n’avais jamais entendu parler avant : la SMTr.

Tout ce que je savais, c’était que ça envoyait des impulsions magnétiques dans le cerveau. Je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre quand je suis arrivé à l’hôpital. En fait, je suppose que je m’attendais à un accueil tout droit sorti du film Le Jeune Frankenstein, mais finalement, ça ne ressemblait pas du tout à ça. Je dirais même que c’était relaxant. La Dre Barbarosie est la psychiatre responsable de l’équipe de neuromodulation. Ses collègues et elle ont passé le traitement en détails avec moi. Ils m’ont expliqué ce qui allait se produire et comment j’allais me sentir.

Quand l’appareil est actionné, ça donne un peu l’impression qu’un pic bois vous picore la tête, mais ça ne fait pas mal. C’est un peu étrange au début, mais ça devient ensuite assez relaxant. Dans les faits, mes visites en neuromodulation sont parfois la meilleure partie de ma journée. Je m’installe, me repose et quand je repars, je ressens une poussée d’énergie.

J’ai commencé par une première ronde de 25 à 30 sessions à raison de 30 minutes, 5 fois par semaine. Je m’y rends désormais deux fois par semaine et le plan est de réduire la fréquence éventuellement. Les traitements de SMTr ont fait une incroyable différence dans mon combat de la dernière année contre la dépression.

Je trouve réconfortant de savoir que j’ai accès aux dernières technologies dans le domaine de la santé mentale pour m’aider à surmonter cette épreuve. En combinant ces traitements à mon désir de profiter de la vie à son maximum, je vais de mieux en mieux presque chaque jour.

Mon histoire n’est pas unique. Même après 20 ans d’adversités, la plupart de mes amis et collègues ne savaient pas que je souffrais de dépression. Toutefois, cette année j’ai choisi d’en parler plus ouvertement. Certains amis ont été très surpris puisque je suis très sociable et que j’aime faire la fête. Tout ça est loin de l’image qu’ils se font de quelqu’un qui combat une dépression. Si mon expérience m’a appris une chose, c’est que la dépression revêt plusieurs formes et visages et que tout le monde y fait face de manière différente.

Pour l’instant, ma vie a repris un cours normal.

Il m’arrive d’anticiper le prochain épisode dépressif puisque ça fait partie de ma vie depuis si longtemps, mais pour l’instant j’apprécie chaque moment et je vis ma vie un jour à la fois.  

Je suis le plan que je me suis fixé avec mes docteurs et je vois comment vont les choses. Le plus important et de se sentir bien de façon régulière. Je n’essaie pas d’aller « merveilleusement bien » pour le moment, mais vous savez quoi? Simplement être en mesure de me lever le matin et de me sentir bien en pensant à la vie et à la journée qui m’attend, ça me fait… me sentir bien.

Je m’ouvre aux gens et je partage mon histoire en espérant faire écho chez quelqu’un qui souffre de dépression. Ça aussi, ça me fait du bien!

Pour soutenir la Mission en santé mentale, veuillez cliquer ici.