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La dépression, parlons-en


Cela fait plus de 25 ans que Steve souffre de dépression et ses premiers symptômes remontent à plus longtemps encore. Heureusement pour lui, ses parents et les membres de sa famille ont toujours été ouverts à discuter de santé mentale, ce qui l’a mené à aller chercher l’aide dont il avait besoin. Cela ne signifie pas pour autant que son combat a été facile, mais il était rassurant de savoir qu’il pouvait discuter avec sa famille et quelques amis proches s’il en ressentait le besoin.

En 2019, quand Steve nous a parlé pour la première fois, il se disait loin de l’état dépressif dans lequel il se trouvait un an auparavant, lorsque son précédent épisode l’a heurté de plein fouet. Et ce, grâce aux traitements de stimulation magnétique transcrânienne répétée (SMTr), une technique de neuromodulation.

En partageant son expérience, Steve espère venir en aide à d’autres gens qui combattent des troubles de la santé mentale ainsi qu’à leurs proches.

5 ans plus tard : Un nouveau regard sur la réalité

Cinq après nous avoir raconté son histoire, Steve nous a contactés pour nous donner des nouvelles sur sa vie, alors qu’il fait face à la dépression. Même si son histoire, racontée ci-dessous, représentait bien sa vie à l’époque, les choses ont bien changé. Depuis, Steve a connu de multiples rechutes et a été confronté à divers défis pour maintenir sa santé mentale.

Garder l’espoir

Se remettre d’un épisode de dépression majeur est une expérience que Steve a vécue à de nombreuses reprises au cours des dernières années. « Se sentir émotionnellement stable durant un certain temps est significatif, car cela permet de profiter réellement des moments passés avec les personnes les plus importantes dans sa vie et de se consacrer à ses passe-temps, » partage Steve. En réalité, lorsque Steve est en mesure de se concentrer sur ses enfants, sa famille, ses amis et les groupes de musique dans lesquels il joue, cela l’aide beaucoup à se sentir ‘’normal’’ à nouveau!

« J’ai la chance d’avoir ma famille et mes amis qui sont là pour moi quand les choses ne vont pas bien et qui me soutient dans les épisodes les plus difficiles. En m’incluant dans leur vie quotidienne, ils me permettent de me concentrer sur les choses positives et, le plus important, de garder espoir. J’ai également la chance de pouvoir jouer dans plusieurs groupes. Jouer de la musique et interagir avec d’autres musiciens est une partie très importante de mon rétablissement, » se confie Steve.

Il existe de nombreux traitements pour gérer les troubles de l’humeur, en commençant par des modifications au mode de vie, à la psychothérapie, aux médicaments et aux techniques de neuromodulation.

ECT : Traitement par électroconvulsivothérapie

Malheureusement, le diagnostic de dépression de Steve est très sévère et la maladie a eu de nombreuses répercussions sur sa vie, notamment sur sa condition physique et sa capacité à travailler. En plus de revoir son mode de vie, il a essayé plusieurs psychothérapies et médicaments. Ceux-ci n’ayant pas apporté de soulagement, Steve s’est vu proposer un traitement par électroconvulsivothérapie (ECT). « Le choix du traitement doit être décidé par le médecin, après discussion avec le patient et les membres de sa famille, » affirme le Dr Thomas Milroy, psychiatre au CUSM.

« L’ECT est le traitement le plus rapide pour les troubles dépressifs les plus graves et est utilisé dans le monde entier. Nous l’offrons à l’HGM depuis plus de 70 ans, » explique Dr Milroy.

La Dre Karine Igartua, cheffe du département de psychiatrie du CUSM, ajoute : « Les progrès en matière de thérapies électroconvulsives permettent aujourd’hui un dosage plus précis de la décharge, ce qui minimise les effets secondaires des traitements. Nous attendons avec impatience de recevoir notre nouvel appareil d’électroconvulsivothérapie dans l’année à venir, qui permettra ce réglage. »

Bien que l’histoire de Steve ne soit pas représentative du parcours de chaque personne touchée par la dépression, il n’est pas le seul. Selon le gouvernement du Canada, plus de 50 % des personnes ayant connu un épisode de dépression sévère connaissent une récidive. Néanmoins, il y a des raisons de garder espoir, car avec une psychothérapie et/ou des médicaments antidépresseurs, 70 à 80 % des dépressions peuvent être guéries, selon l’Association des médecins psychiatres du Québec.

Les étapes de l’autogestion de la dépression

Avant d’envisager un traitement, les personnes souffrant de dépression peuvent prendre plusieurs mesures pour améliorer leur état de santé.

En effet, comme l’indique l’Association canadienne pour la santé mentale, la santé mentale est affectée par de nombreux facteurs de la vie quotidienne, notamment le stress lié à l’équilibre entre le travail, la santé et les relations. En résumé, voici quelques changements de mode de vie proposés par l’Association des médecins psychiatres du Québec :

  • Bien manger et dormir suffisamment. La fatigue ne favorise pas la récupération.
  • Sortir tous les jours et s’exposer à la lumière naturelle.
  • Maintenir une routine. S’habiller, sortir, être actif. La morosité aggrave la dépression.
  • Éviter l’isolement : Choisir quelques personnes proches à qui se confier lorsqu’on ne se sent pas bien et rechercher leur compagnie pour parler de ses soucis ou s’en distraire. Lorsqu’on est déprimé, on a tendance à s’isoler, ce qui ne fait que donner libre cours aux pensées négatives.

Le gouvernement du Québec a publié un outil de soutien à l’autogestion qui peut aussi aider.

Dre Igartua conseille : « Lorsque l’autogestion ne suffit pas, il est important de consulter votre médecin de famille ou d’autres professionnels de la santé qui peuvent vous aider à choisir des psychothérapies ou médicaments pour vous aider à mieux vous sentir. »

 

Le témoignage de Steve (2019)

La dépression affecte tout le monde différemment. J’ai toujours été quelqu’un de très productif, sociable et positif. Je travaille, je joue dans quelques « big bands » et j’aime passer du temps avec mes amis et ma famille. Mais dès que je retombe dans un épisode dépressif, mon monde s’écroule.

Ma dépression était douloureuse à la fois physiquement et psychologiquement. J’ai atteint un point où il m’était presque impossible de sortir du lit.

Initialement, les situations où j’étais appelé à socialiser ne me rendaient pas anxieux. Dans les premiers stades de la dépression, j’étais capable de sortir avec mes amis, de jouer dans des bands et d’aller travailler. Personne ne se doutait de ce que je vivais.

C’est à mon retour à la maison que je m’effondrais. Au fur et à mesure que la dépression progressait, je me suis rendu à un point où j’étais incapable de sortir du lit ou de réaliser les tâches les plus simples comme, faire l’épicerie, aller faire le plein d’essence ou payer une facture. Je n’y arrivais tout simplement pas. La dépression m’avait comme paralysé. Je suis entré dans une phase très sombre, où mes rêves et mes espoirs étaient mis à l’écart, où la procrastination a gagné du terrain et où les pensées négatives me rongeaient. J’étais figé.

Au final, la maladie n’affecte pas seulement la personne qui en est atteinte. Elle a aussi un impact important sur la famille immédiate. 

Quand je recevais un traitement qui fonctionnait bien pour moi, j’étais capable de retourner à ma vie normale et de profiter de toutes ces choses que j’aime. Pour une période de 10 ans, j’étais relativement stable. Il y avait quelques fluctuations que je pouvais contrôler par la médication. Malheureusement par contre, la médication n’est jamais totalement venue à bout de ma dépression et elle est revenue toujours plus forte à chaque fois. J’ai connu trois épisodes dépressifs particulièrement brutaux au cours de ma vie et le dernier a été carrément débilitant.

Il devenait de plus en plus difficile de travailler cinq jours par semaine. Je prenais de plus en plus de congés de maladie parce que j’étais incapable d’affronter la journée à venir. Il n’y a pas de remède magique pour soulager la dépression. J’avais l’impression que la seule manière de m’en sortir serait par essais et erreurs en incluant différentes combinaisons de médication. 

SMTr : Changer la donne

Heureusement, j’ai un excellent médecin de famille et, plus récemment, j’ai été mis en contact avec le Dr Magolese, un psychopharmacologue qui se spécialise dans la médication utilisée pour traiter les maladies et troubles mentaux. Il m’a proposé un plan à long terme, incluant deux modifications à ma médication de base, ajoutant une nouvelle médication, mais aussi un traitement dont je n’avais jamais entendu parler avant : la SMTr.

Tout ce que je savais, c’était que ça envoyait des impulsions magnétiques dans le cerveau. Je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre quand je suis arrivé à l’hôpital. En fait, je suppose que je m’attendais à un accueil tout droit sorti du film Le Jeune Frankenstein, mais finalement, ça ne ressemblait pas du tout à ça. Je dirais même que c’était relaxant. La Dre Barbarosie est la psychiatre responsable de l’équipe de neuromodulation. Ses collègues et elle ont passé le traitement en détails avec moi. Ils m’ont expliqué ce qui allait se produire et comment j’allais me sentir.

Quand l’appareil est actionné, ça donne un peu l’impression qu’un pic bois vous picore la tête, mais ça ne fait pas mal. C’est un peu étrange au début, mais ça devient ensuite assez relaxant. Dans les faits, mes visites en neuromodulation sont parfois la meilleure partie de ma journée. Je m’installe, me repose et quand je repars, je ressens une poussée d’énergie.

J’ai commencé par une première ronde de 25 à 30 sessions à raison de 30 minutes, 5 fois par semaine. Je m’y rends désormais deux fois par semaine et le plan est de réduire la fréquence éventuellement. Les traitements de SMTr ont fait une incroyable différence dans mon combat de la dernière année contre la dépression.

Je trouve réconfortant de savoir que j’ai accès aux dernières technologies dans le domaine de la santé mentale pour m’aider à surmonter cette épreuve. En combinant ces traitements à mon désir de profiter de la vie à son maximum, je vais de mieux en mieux presque chaque jour.

L’histoire de Steve n’est pas unique

Mon histoire n’est pas unique. Même après 20 ans d’adversités, la plupart de mes amis et collègues ne savaient pas que je souffrais de dépression. Toutefois, cette année j’ai choisi d’en parler plus ouvertement. Certains amis ont été très surpris puisque je suis très sociable et que j’aime faire la fête. Tout ça est loin de l’image qu’ils se font de quelqu’un qui combat une dépression. Si mon expérience m’a appris une chose, c’est que la dépression revêt plusieurs formes et visages et que tout le monde y fait face de manière différente.

Pour l’instant, ma vie a repris un cours normal.

Il m’arrive d’anticiper le prochain épisode dépressif puisque ça fait partie de ma vie depuis si longtemps, mais pour l’instant j’apprécie chaque moment et je vis ma vie un jour à la fois.  

Je suis le plan que je me suis fixé avec mes docteurs et je vois comment vont les choses. Le plus important et de se sentir bien de façon régulière. Je n’essaie pas d’aller « merveilleusement bien » pour le moment, mais vous savez quoi? Simplement être en mesure de me lever le matin et de me sentir bien en pensant à la vie et à la journée qui m’attend, ça me fait… me sentir bien.

Je m’ouvre aux gens et je partage mon histoire en espérant faire écho chez quelqu’un qui souffre de dépression. Ça aussi, ça me fait du bien!


Quelques témoignages additionnels sur la santé mentale

En partageant ce qu’elle a vécu, Andrea cherche à promouvoir la santé mentale des mères.

Laurie Plotnick et Max Reim luttent pour soutenir la santé mentale des jeunes adultes.

Maryam a développé un trouble de personnalité limite. La clé de sa guérison? La compassion.